Publié le 15 juin 2026

Qualité : de la conformité à l’arbitrage du risque sanitaire

En 35 ans, la qualité est passée du contrôle à l’arbitrage. Crises, rappels, traçabilité, pression normative : la direction qualité s’impose comme un pivot de la maîtrise du risque sanitaire.

Pour poursuivre notre série de regards sur l’évolution des IAA à l’occasion des 35 ans de Manageria cette année, nous avons choisi de nous pencher sur la fonction qualité. Au début des années 1990, elle relevait d’abord de la vérification : contrôler un process, valider un dossier, traiter un écart et libérer un lot. Son rôle était essentiel, mais souvent cantonné au respect des procédures. Depuis, le décor a changé. Les crises sanitaires se sont rapprochées, les retraits sont devenus publics, la traçabilité s’est imposée et le cadre réglementaire s’est épaissi. Un incident ne reste plus dans l’usine : il devient vite un sujet de rappel, de tension client, de contrôle administratif et de réputation. Cette transformation ne relève pas d’un ressenti. L’Apec rappelle qu’en 2024, la fonction qualité et sécurité représentait 5 % des offres d’emploi cadres publiées et que les métiers de la qualité totalisaient 10 850 offres, dont 4 200 pour les responsables et 3 150 pour les ingénieurs. Dans l’agroalimentaire, plus de 5 000 postes cadres sont proposés et les difficultés de recrutement atteignent 59 %. La fonction qualité figure ainsi parmi les métiers cadres particulièrement recherchés.

La qualité, fonction d’arbitrage

Dans ce contexte, la direction qualité n’est plus qu’un simple support. Elle est devenue une fonction d’arbitrage. Il lui revient d’apprécier un risque, d’objectiver une décision, d’établir la preuve, de fiabiliser un flux et, si nécessaire, de faire arrêter une opération. L’enjeu n’est plus seulement de vérifier la conformité d’un produit ou d’un process, mais de s’assurer que l’organisation sait identifier, prévenir, contenir et tracer un incident avant qu’il ne change d’échelle.

Une équipe qualité doit désormais réunir plusieurs registres de compétence. Il lui faut maîtriser la réglementation, bien sûr, mais aussi comprendre les réalités industrielles, éprouver la robustesse d’une traçabilité, apprécier la fiabilité d’un fournisseur, préparer un audit, piloter un retrait-rappel et tenir une ligne claire dans l’urgence. Les recruteurs recherchent aussi des qualités relationnelles, de la force de proposition, des capacités d’adaptation et de synthèse ainsi qu’un vrai sens de la pédagogie et de la communication. L’expert qualité n’est plus seulement celui qui contrôle ; c’est celui qui sécurise et qui entraîne.

Un recrutement plus exigeant

Au sein du cabinet, nous confirmons une tension croissante sur les fonctions qualité. Les entreprises se heurtent à une double difficulté : un vivier limité de profils expérimentés et une concurrence accrue entre industriels sur ces compétences. Les profils combinant expertise réglementaire, expérience terrain et capacité de gestion de crise restent rares. Au-delà de la technicité, les entreprises recherchent désormais des managers capables de communiquer, de convaincre et d’incarner une posture transverse.

Un bon recrutement repose sur l’implication des décideurs, à commencer par la direction générale. C’est à elle qu’il revient de donner sa pleine portée au poste et d’en confirmer les enjeux. Dans cette architecture, la direction qualité a vocation à être l’interlocuteur privilégié de la direction générale sur les sujets de gestion du risque, de conformité et de prévention. Autour d’elles, direction de site, direction industrielle et ressources humaines
doivent partager une même définition du besoin et des critères d’appréciation. Dès lors, recruter le bon profil relève déjà d’une démarche de prévention partagée.

2 mutations de la fonction qualité

• En 35 ans, la qualité est sortie du contrôle pour entrer dans
l’arbitrage, avec les crises sanitaires, les rappels publics, les contrôles
renforcés et la traçabilité immédiate.
• La direction qualité doit prévenir, documenter et décider vite. Le
vrai enjeu RH est là : recruter des profils capables de tenir la norme,
le terrain, l’urgence et le dialogue avec une direction générale en
première ligne au quotidien.